Parlement européen la tribune de Virginie Rozière : face au Brexit in du 1er acte. Après les gesticulations, l’urgence de la construction.

de | février 22, 2016

photo_virginieDes mois de pression et de dramatisation, des semaines de faux suspens, de postures, des discussions – presque – sans fin pour au final un accord convenu, qui tente de sauver les apparences, faute de pouvoir sauver l’Europe.

Deux jours de négociations pour parvenir à un compromis médiocre et dangereux. Difficile de consentir des concessions significatives, tant la Grande-Bretagne jouit déjà d’un statut très largement dérogatoire !

David Cameron est satisfait d’avoir arraché un « statut spécial » pour le Royaume-Uni au sein de l’Union européenne. Comme si ce n’était pas déjà le cas… La Grande-Bretagne a toujours été hors de ce qu’est réellement l’Europe, de ce qui fait avancer vraiment l’Union européenne : l’euro, Schengen, la coopération judiciaire et policière. Pour Cameron, économiquement, elle n’est qu’un marché unique ; et légalement, un gigantesque buffet.

Il y a quelque chose de surréaliste pour les spectateurs de ce théâtre d’ombres, qui se déroule alors que l’Europe est profondément ébranlée par l’accueil des réfugiés, la menace terroriste ou la stagnation économique, sujets autrement plus importants que quelques virgules dans un texte de compromis. Il est d’autant plus intolérable d’assister à ce triste spectacle que c’est bien David Cameron et lui seul, pompier pyromane, qui s’est placé de lui-même dans cette impasse, prenant par la même occasion en otage soixante ans d’Histoire européenne.

Seul élément positif de l’accord : le droit de veto des pays non membres de la zone euro sur ses décisions a été fermement rejeté. En revanche, le « mécanisme de sauvegarde » sur les prestations sociales, qui prévoit que deux travailleurs européens, payant les mêmes impôts et effectuant le même travail, aient des droits différents est une concession délétère pour l’avenir de l’UE, en totale opposition à ses principes de non-discrimination et de libre circulation.

Au-delà de son contenu, cet accord constitue un grave précédent. Voici donc venu le temps de l’Europe à la carte, qui tente déjà d’autres Etats-membres. Les Danois par exemple se demandent s’ils pourraient utiliser le même mécanisme que les Britanniques de réduction des allocations familiales en fonction du niveau de vie des pays où résident les enfants des bénéficiaires. Les partis europhobes sont en embuscade pour tenter eux aussi, quand ils en auront l’occasion, de négocier leur présence au sein de l’Union européenne, ou, plus directement de la quitter sans états d’âme.

Et maintenant ? Il est loin d’être acquis que les renoncements des 28 suffisent à gagner un vote en faveur du maintien du Royaume-Uni dans l’Union. Pour convaincre, il faudra que Cameron explique les bénéfices de l’appartenance à l’entreprise européenne aux britanniques, exercice pour lequel sa crédibilité est sérieusement entamée après 3 ans de rodomontades anti-européennes. Il peine déjà visiblement à convaincre dans son propre camp, ses propres cadres, comme le confirme la défection samedi de Boris Jonhson, maire de Londres, qui rejoint cinq ministres du gouvernement Cameron, en faveur du Brexit.

Maintenant que son rôle dans le psychodrame britannique est terminé, l’Europe doit se préparer à toutes les éventualités, y compris au Brexit et à ses conséquences. Quel que soit le résultat du référendum fixé au 23 juin, le précédent du chantage à la sortie a considérablement renforcé les forces centrifuges. Le référendum britannique doit conduire à remettre sur la table la question de ce que nous pouvons et voulons faire ensemble, particulièrement entre les dix-neuf pays qui partagent la même monnaie.

Nous devons avoir la force de nous entendre, avec ceux qui le veulent, sur quelques grands objectifs européens pour relancer un projet d’intégration : politique économique, politique sociale, politique d’immigration et d’asile, sécurité et droits fondamentaux. Plusieurs dirigeants européens en parlent… A un peu plus d’un an du soixantième anniversaire du traité de Rome, les tergiversations n’ont que trop duré. Il y a urgence, pour que les actes succèdent aux mots.

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